Hommages
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10 janvier 2026
Karl Riha (1935–2026)
Siegen a perdu l'une de ses figures intellectuelles les plus singulières avec la disparition, le 10 janvier 2026, du germaniste et écrivain Karl Riha, à l'âge de 90 ans.
Sa vie avait commencé loin de l'Allemagne fédérale : né le 3 juin 1935 à Krummau, dans les Sudètes bohémiennes (aujourd'hui Český Krumlov, en République tchèque), il fut de ceux que la fin de la guerre a déracinés vers l'ouest, sa famille s'installant à Francfort-sur-le-Main. C'est dans cette ville qu'il entame, dès 1956, des études de germanistique, de philosophie et d'histoire — un socle universitaire qu'il n'a cependant jamais dissocié d'une pratique de terrain : entre 1962 et 1967, il tient les rênes du feuilleton de Diskus, la revue des étudiants francfortois, où il publie ses propres textes, comptes rendus et critiques théâtrales. Sa thèse, soutenue en 1969, porte sur la représentation de la grande ville dans la littérature allemande. Il rejoint ensuite Berlin comme assistant de Walter Höllerer à la Technische Universität, avant de s'établir durablement à l'université de Siegen, où il occupera une chaire de philologie allemande jusqu'à son éméritat.
Ce qui distingue Riha, c'est son refus obstiné de se cantonner aux objets nobles de la discipline. Toute sa carrière, il a traqué les formes que l'institution universitaire snobait volontiers : commedia dell'arte, mouvance dada, caricature, littérature parodique. La bande dessinée entre naturellement dans ce périmètre, et Rodolphe Töpffer y occupe une place de choix. Dès 1970, dans Zok roarr wumm. Zur Geschichte der Comics-Literatur, Riha propose ce que l'on considère aujourd'hui comme le premier essai universitaire allemand consacré à la bande dessinée — un livre où Töpffer figure en position de précurseur du genre, aux côtés de noms comme William Hogarth ou Wilhelm Busch. Cet attachement ne s'est pas limité à la théorie : à travers la collection qu'il dirige au Machwerk Verlag, « Rihas Fundgrube », Riha fait reparaître en 1985 une version allemande de l'Histoire d'Albert de Töpffer sous le titre Albert der Taugenichts, accompagnée d'une postface qu'il signe lui-même. Un an plus tôt, en 1984, la même collection avait déjà donné à lire Die Taten des Herkules, de Gustave Doré , l'un des premiers continuateurs de Töpffer. Par ce travail d'éditeur autant que de chercheur, Riha aura contribué à faire entrer la bande dessinée dans le champ académique allemand, et à y fixer la place de Töpffer comme point de départ d'une lignée qui se prolonge jusqu'à ses héritiers directs.
CB
A lire ou relire :
TÖPFFER Rodolphe, Albert der Taugenichts, Siegen, Rihas Fundgrube im Machwerk Verlag, 1985.
RIHA Karl, Zur Geschichte der Comics-Literatur , Steinbach, Anabas Verlag Günter Kämpf,1970.
Michael Twyman nous a quitté
Photo transmise par son fils Jeremy Twyman.
Michael Twyman
Pour l’Association ar-t
Claude Brulhart
TWYMAN Michael, The lithographic hand press 1796–1850. Journal of the Printing Historical Society, no. 3, 1967.
